La loi de la majorité

24 novembre 2008

Il y a peu de lois aussi nécessaires et qui aient l’air aussi peu légitimes que la loi de la majorité.

Peu de loi aussi nécessaires car c’est simplement la seule qui permettent de trancher démocratiquement une situation aussi difficile que celle dans laquelle se trouve aujourd’hui le PS.

Peu de loi qui aient l’air aussi peu légitimes car nous sentons tous confusément que dans un monde idéal, ce n’est pas la simple arithmétique qui devrait trancher un choix important.

Le résultat d’une élection n’est jamais d’ailleurs présenté pour ce qu’il est: une addition hétéroclite de points de vues qui ont chacun un sens très distinct et presque impossible à agréger. On croit voir une vague soulever l’électorat. On croit voir une déroute chez l’adversaire. On image que « les français » ou « les niçois » ont voulu envoyer un message – et tout cela pour quelques pour-cent de plus ou de moins. On met de l’émotion et du sens là ou précisément, c’est l’arithmétique seule qui a parlé.

Oui, tout porte à croire, lorsque on a perdu, que le résultat est injuste, qu’il ne traduit pas la réalité, qu’il est bien difficile de s’y soumettre, et qu’à tout prendre, il vaudrait bien mieux revoter. Oui,  tout porte à oublier qu’un nouveau vote n’en deviendrait ni plus exact, ni plus juste, et qu’en le forçant, on aurait abaissé par avance la légitimité de son résultat.

Il n’en reste pas moins que précisément dans la difficulté, c’est la loi de la majorité qui doit très strictement s’appliquer – et qu’en démocratie, c’est précisément le devoir et l’honneur des perdants de s’y soumettre les premiers.

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16 Réponses to “La loi de la majorité”

  1. Criticus Says:

    @ Cratyle

    L’analogie de ton propos, que j’approuve pour l’essentiel, avec la situation actuelle du Parti socialiste, a une limite, et elle est de taille : il y a eu, en faveur et au détriment de chaque camp, des irrégularités portant sur des centaines de voix : revoter est donc démocratiquement légitime et opportun.

  2. cratyle Says:

    Il y a toujours des incertitudes sur un scrutin – au PS ou ailleurs, les processus de votes sont toujours humais, jamais parfaits – donc il y aura toujours des moyens de contester un résultat établi à quelques centaines de voix près.

    C’est bien précisément là que se situe le devoir des perdants, accepter un résultat qui aurait pu être différent, qui le serait peut-être si on revotait dans une semaine, dans un mois, dans un an.

  3. Eric Says:

    « Il n’en reste pas moins que précisément dans la difficulté, c’est la loi de la majorité qui doit très strictement s’appliquer – et qu’en démocratie, c’est précisément le devoir et l’honneur des perdants de s’y soumettre les premiers. » »

    Si les gagnants n’ont pas déjà proclamé leur victoire…

    (Mais je suis d’accord avec ton argumentation générale et tu fais bien de relever que le résultat d’un vote (surtout s’il est serré) apparait souvent comme peu légitime, voire peu signifiant.
    Et si on appliquait le tirage au sort, ce serait encore pire.
    Trancher, c’est cruel, mais nécessaire.

  4. Criticus Says:

    @ Cratyle

    Ton argument n’est valable qu’à condition que la somme des voix douteuses soit notablement inférieure à l’écart de voix. Là, c’est bien loin d’être le cas…

  5. cratyle Says:

    Criticus – cf. le commentaire d’Eric : c’est précisément dans le cas où l’écart est infinitésimal que la règle de la majorité prend tout son sens.

  6. le chafouin Says:

    Cratyle, c’est justement dans ce genre de cas, je dirais plutôt, que la règle de la majorité montre toute son absurdité…

  7. Toréador Says:

    Une majorité ? Quelle majorité ? Celle relative de Royal en termes de motion ? ou celle d’Aubry ?

    2ème question : à partir du moment où Aubry et Royal sont quasiment à 50/50, n’est-ce pas de la motion arrivée en tête que devrait provenir le premier secrétaire ?

  8. cratyle Says:

    Chafouin – La règle n’est pas juste parce qu’elle est juste mais parce qu’elle est la règle

    Toréador – Je parle plutôt ici de l’élection du premier secrétaire.

    Si on veut appliquer cette règle au vote sur les motions, il faut considérer non pas seulement les voix obtenues lors du vote, mais encore la possibilité de dégager une majorité parmi les représentants élus pour chaque motion. Royal obtient prés de 30% des représentants, elle est donc en théorie celle qui peut le plus facilement réunir une majorité. Est-ce que cela le cas en pratique? Pour cela encore faudra-t-il 1- qu’elle souhaite le faire 2- que les représentants des autres motions acceptent ses conditions. Le ccongrés de Reims a montré que ce n’était pas gagné…

  9. le chafouin Says:

    « La règle n’est pas juste parce qu’elle est juste mais parce qu’elle est la règle »

    Tu plaisantes? Une règle doit être juste. C elle-ci est juste idiote. La preiuve : on exige désormais d’avoir M+n (m étant la majorité et n un nombre de voix supérieur à plusieurs centaines) voix pour que l’élection soit validée…

  10. Nicolas J Says:

    J’aime beaucoup l’avant dernier paragraphe. C’est le sentiment que j’ai en essayant de discuter avec les commentateurs chez moi.

  11. cratyle Says:

    Chafouin : pas sur de te comprendre – La règle du PS et celle de la plupart des démocratie est M+1, et non M+n

    Nicolas J : oui, c’est un dur boulot de discuter avec eux…

  12. LOmiG Says:

    Je te rejoins dans ton refus de raisonner et ou t’accorder une importance excessive à des abstractions collectives qui n’ont pas de sens. Je suis également d’accord avec la remarque de Criticus, sur l’importance du faible nombre de voix d’écart…

    Ce qui est le plus surprenant, c’est qu’on appelle « élection », « suffrage universel », « vote démocratique », un scrutin qui est manifestement complètement et totalement illégitime. Ce n’est qu’une parodie de vote : bourrage d’urnes, pressions, vote à découvert, faux.

    Cette parodie, relayée par les journalistes, créditée à la fois par Mme Royal et Mme Aubry, montre simplement le manque de sens démocratique chez ceux qui nous en servent à chaque discours, et semblent le placer très haut dans les « valeurs » estimables. Aveu de malhonnêteté. Sans vergogne. Ils se foutent de nous, ouvertement.

  13. cratyle Says:

    Lomig – Tes affirmations sont à la fois excessives et gratuites. Toute élection démocratique dotée d’une composante locale se heurte à des applications plus ou moins larges des règles et parfois à des infractions : cela n’est pas propre au PS et n’entraine pas les conséquences que tu mentionnes.

  14. jeunegarde87 Says:

    Je me permets de laisser un lien sur votre blog pour connaître votre avis sur la nécessité ou non de revenir sur la charte d’amiens après les élections prud’homales de jeudi

    http://www.jeune-garde87.org/2008/12/05/faut-il-revenir-sur-la-charte-damiens/

  15. Antoine Says:

    La moindre des choses quand il y a vote, c’est de s’assurer que les regles ont ete respectees, et de tirer les consequences des infractions averees, y compris de faire revoter si necessaire.

    Affirmer « [voir plus bas le copier coller de tes propos] » est dangereux. Avec ce genre de propos, on pourrait tout aussi bien dire que comme « il y aura toujours des incertitudes sur un jugement [de prison a perpetuite] », « le devoir des condamnes est d’accepter un resultat qui aurait pu etre different ». Je pense au contraire que le devoir de toute personne intimement convaincue que le resultat n’a pas ete valablement etabli est de le contester vigoureusement.

    Depuis la Californie, je n’ai aucune idee du cas d’espece de l’election PS. C’est grave?

    * Cratyle: « Il y a toujours des incertitudes sur un scrutin – au PS ou ailleurs, les processus de votes sont toujours humais, jamais parfaits – donc il y aura toujours des moyens de contester un résultat établi à quelques centaines de voix près.
    C’est bien précisément là que se situe le devoir des perdants, accepter un résultat qui aurait pu être différent, qui le serait peut-être si on revotait dans une semaine, dans un mois, dans un an. »

  16. cratyle Says:

    Antoine – En même temps, la loi demande précisément aux condamnés d’accepter un jugement « qui aurait pu être différent ». Elle organise ou non des recours selon les cas, mais une fois les appels et recours passés, elle demande avant tout que l’on accepte son verdict.

    C’est dur, certes, mais comment faire autrement? Imagine-t-on un match de foot qui se rejoue à chaque fois qu’un supporter doute intimement de la validité de l’arbitrage?


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