Les vieux médias et le mépris de la démocratie

20 novembre 2008

Le rapprochement devrait sembler sans intérêt. Le développement des journaux, de la radio et de la télévision ont historiquement coïncidé avec celui du vote. La liberté de la presse est aujourd’hui encore l’un des meilleurs indices de l’autoritarisme d’une dictature comme de la vitalité d’une démocratie.

Et pourtant… pour prendre un exemple d’actualité brulante, le traitement du Parti Socialiste par le cœur unanime des journaux, des radios et des télévisions ne lasse pas d’étonner.

–        D’actualité brulante ? Mais vous vous égarez. On voit bien que vous n’avez pas suivi grand chose depuis longtemps, mon cher Cratyle. Au parti socialiste ? Mais enfin, vous n’êtes au courant de rien. Ce sont des luttes d’ambition, des manœuvres sans aucune portée, une vieille garde conservatrice qui ne veut pas s’effacer, un spectacle pitoyable. C’est à peine de l’actualité, à l’extrême rigueur une bien triste actualité, mais « brulante », comme vous y allez ?

–        Bon, d’abord, on se tutoie sur ce blog, ensuite, mon cher commentateur, il s’agit de savoir qui dirige, comment sera dirigé et quel sera la ligne politique du principal parti d’opposition français.

–        Mais, enfin, mon vieux Cratyle, le PS est un vieux parti  croulant, sclérosé, incapable de se trouver un chef -Enfin, la preuve, ils n’ont pas pu s’entendre entre eux au congrès !

–        Comment ça, incapable de se trouver un chef, mais c’est l’objet même de l’élection qui a lieu aujourd’hui, n’est ce pas précisément ce qui est en train de se passer ?

–        Mais pas un pour s’entendre !

–        C’est quand même le principe d’une élection

–        Ils ne sont d’accord sur rien

–        C’est-à-dire qu’il n’est pas très utile de répéter ce sur quoi on est d’accord quand l’objectif est de vous départager

–        Mais, c’est qu’au fond, ils sont d’accord sur tout !

–        Ton propos devient un peu contradictoire… et je commence à me dire que tu n’aurais jamais du rentrer dans ce billet (d’ailleurs depuis quand les commentateurs des blogs rentrent-ils dans les billets ?)

–        Ce sont des querelles de personnes – et d’ailleurs, entre nous, on fait tout pour arrêter Ségolène Royale, qui est pourtant la seule à avoir un peu de personnalité !

–        C’est que dans une démocratie représentative, et à fortiori dans un parti, le choix des personnes n’est quand même pas la question la plus accessoire, et puis d’ailleurs n’étais-ce pas toi qui te plaignais le manque de chef? Et lorsqu’on cherche soi-même à devenir le chef, ne tente-t-on pas précisément d’arrêter ceux qui ont la même idée derrière la tête ?

–        Enfin il n’y a aucune ligne, aucun projet clair, rien de neuf

–        Tu as lu les motions ?

–        Non mais…

–        Ecouté les discours ?

–        Non mais…

–        Tu as remarqué que des trois candidats, chacun représentait in-fine une aile un bord du parti, qu’il y avait sa gauche, son centre, et bon an mal an son aile droite plus ou moins assumée ?

–        Oui mais…

–        « Mais » quoi, à la fin ?

–        Mais tout le monde est d’accord pour dire que c’est un spectacle pitoyable !

Spectacle pitoyable ? Si tout le monde semble d’accord pour dire ou penser que le PS donne un spectacle pitoyable, c’est que l’expression a été répétée, ressassée, assénée sans fin sur toutes les radios et dans toutes les télés, qu’à force de la faire tourner en boucle, chacun a oublié  quel était exactement le spectacle et pourquoi on le jugeait digne de pitié.

Or qu’est-ce-que le PS ? Un parti destiné à rester dans l’opposition pour encore quatre bonnes années, dont la mission première est de définir sa ligne et de choisir ses dirigeants pour proposer une alternative au pouvoir en place. Que fait-il ? Il choisit ses dirigeants. Comment le fait-il ? Par le débat, par l’opposition des personnalités et des lignes politiques, par le vote… En un mot par la démocratie. Qu’en résultera-il ? Et bien ce sont précisément ses membres qui le choisiront démocratiquement. Il existe aujourd’hui trois voies qui se distinguent aussi bien sur le fond que sur la forme, trois choix cohérents, exactement ce qu’il faut pour trancher.

–        Mais tu raconte n’importe quoi, c’est de l’angélisme, et ce parti a vraiment besoin d’air frais !

–        Je peux finir mon billet, oui ?

Cher commentateur et squatteur de billet un peu prolixe mais néanmoins très apprécié, sache d’abord que l’argument de « l’air frais » est le plus vieil argument de la politique, le plus contradictoire donc et peut-être de ce fait le plus souvent mensonger.

Sache surtout que ces arguments contre « l’opposition des personnes », « l’absence de ligne », « le manque de leadership », « les congrès ou l’on parle beaucoup et qui ne servent à rien », que tous ces arguments que tu répètes en cœur avec nos vieux médias sont précisément les arguments que ceux qui méprisent la démocratie ont toujours employé.

Que oui, la démocratie, c’est bien le conflit des personnes et des personnalités, les grandes assemblées d’où rien n’a l’air d’émerger, les alliances, les rapprochements, les « il y en a toujours un qui n’est pas d’accord », les discussions sans fin – et jusqu’à ce jour la manière dont les peuples qui ont eu le choix ont préféré gouverner.

Si ces évidences attirent encore longtemps le mépris des vieux médias, ce sera peut-être sur leurs valeurs à eux qu’il faudra s’interroger.

Publicités

6 Réponses to “Les vieux médias et le mépris de la démocratie”


  1. Dans les vieux médias la démocratie est devenu un spectacle pitoyable…
    Point intéressant… Peut on trouver d’autres exemples ?

    Le cas Cindy Sanders me vient à l’esprit. Plébiscité sur internet, elle est la risée de la majorité des vieux médias.

  2. cratyle Says:

    Pauvre Cindy Sanders… C’est pas gentil de se moquer comme ça

  3. Eric Says:

    Je suis moyennement d’accord avec toi. C’est vrai que le mot « spectacle pitoyable » est répété et que la majorité des papiers et des reportages ne se cassent pas la tête pour trouver d’autre angle que « lutte de personnes à coups trop tirés ».

    Mais il faudrait voir à ne pas trop prêter le flanc à ce genre d’attaques. Si ces querelles de personnes sont relayées, c’est qu’elles ont lieu. Il suffit de suivre un fil de discution entre militants PS. Toi t’es Hamon, moi je suis aubryste, et toi, là, t’es royaliste. On n’entend que ça. Bref, pour une fois… pas trop d’accord.

  4. cratyle Says:

    Les querelles de personne ont bien lieu – tout à fait d’accord la dessus – mais n’est-ce pas justement le cas de n’importe quelle campagne électorale. Dans l’opposition pendant 5 ans, le PS a le temps de consacrer quelques mois au choix de ces dérigeants.

    Ensuite, dans les contexte hyper-hiérarchique imposé par Sarkozy, tout débat semble une perte de temps, tout désaccord de personne un défaut de leadership… Mais si nous pensions tous cela, croirions nous que le meilleur régime soit la démocratie?
    http://cratyle.net/wp-login.php?action=logout
    PS: au vue des résultats de l’élection, je crois que nombre de militants doutent plus que jamais du bien-fondé du système interne du PS… Je crois qu’ils ont plus tord que jamais.

    L’histoire des régimes démocratiques montre que le rejet massif du système électoral et des règles du jeu, la stigmatisation systématique de leur défauts et la tentative de polariser l’opinion en sonnent le crépuscule. Les mécanismes qui valent pour les états vallsent certainement pour les partis.

  5. Anonyme Says:

    Le choix est démocratique mais l’arrière-cuisine n’est pas très reluisante : tricheries, magouilles et Vie ne grandisse pas la démocratie telle que pratiquée par le PS.


  6. Oui, le débat est démocratique mais le scandale de mon point de vue, tient aux manquements élmentaires à la démocratie électorale, comme le souligne Anonyme de 15 h58.

    c’est cela le caractère pitoyable de cette élection. Et il y a aussi la double mode de sélection à la Jospin du bureau ( scrutin proportionnelle) puis scrutin majoritaire pour le Secrétaire.

    pour faire du vrai Jospin, maintenant il vous reste à faire l’élection présidentielle du secrétaire général, avant la législative à la proportionnelle des motions. Les vieux médias s’en donneront à coeur joir.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :