Des marchés financiers, des maraîchères et des fromagers

18 septembre 2008

Les partisans infatigables et les opposants résolus des marchés m’ont toujours également étonné.

Peut-être est-ce l’effet d’une enfance dans une petite ville de province, où le mot marché évoque surtout les étals de fruits et légumes, les fromages, les charcuteries, les bonimenteurs et leurs sacs de nouveautés?

Si l’on pensait à ces marchés là en évoquant les marchés financiers, dirait-on sérieusement que les maraichers et les fromagères les mieux doués régulent naturellement leur économie? Que leurs prix reflètent très exactement l’avenir de l’offre, de la demande et la météorologie? A l’inverse, pourrait-on vraiment dire que leur commerce, fut-il entretenu par de nombreux intermédiaires ou par des grossistes artificieux, constitue de lui-même une impasse économique, et une voie risquée pour l’humanité?

Pourtant, pour ce qui concerne le cœur de leur activité, le trader de dérivé de taux de Londres et l’arbitragiste de Singapour ne se distinguent en rien de la maraichère et du fromager. Les instruments de mesures sont plus complexes, les qualités plus abstraites, les méthodes plus raffinées. Les principes d’achat, de vente et de fixation de prix sont exactement les mêmes. Et la vision de long terme. Et le bénéfice -réel- que la société dans son ensemble peut tirer de leur activité.

Il n’y aurait donc là rien à défendre ni à attaquer si des politiques un peu superficiels n’avaient cru bon de défendre la capacité des acteurs de marché à réguler seuls leur activité, si des économistes un peu rapides n’avaient fini par confondre les modèles d’équilibre « pur et parfait » avec de quelconques réalités.

Si la crise financière en cours peut amener un quelconque bienfait, ce sera peut-être une prise de conscience pondérée de l’utilité et des limites des marchés financiers… des maraîchères et des fromagers.

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11 Réponses to “Des marchés financiers, des maraîchères et des fromagers”

  1. sam Says:

    Vos vieilles amours vous chatouille mon cher Cratyle?

  2. cratyle Says:

    les amours financiers ne durent jamais…

  3. Eric Says:

    Souvenons-nous (nous n’étions pas nés) de l’époque, juste après la guerre de 40. La France en était encore au rationnement alimentaire (tickets de rationnement jusqu’en 48, je crois). Et donc les prix des fromages, notamment, étaient fixés, plus ou moins, par l’Etat. Et, à l’époque, les professionnels de la pâte molle réclamaient à cor et à cri la libéralisation de leur marché.
    Ce qui prouve qu’un marché peut difficilement se réguler tout seul…

  4. Jo² Says:

    Foire. Pour ma part, c’est le terme de “foire” qui me vient à l’esprit. Foire au sens où l’entendait les anciens, avec toutes ces acceptions, etc.

    Cratyle, j’imagine que la crise fait bruisser le net. Deux petits bruits supplémentaires. 1/ Cet article de Sapir — intéressant à lire à bien des égards — . 2/ Enfin, je signale que l’on peut consulter en ligne, sur Gallica, les numéros du Figaro, du Temps et de l’Humanité d’octobre 1929. Instructif.

  5. Jo² Says:

    Ah… le lien vers l’article de Sapir ne « passe pas » ?


  6. Délicieux… ton musicien, malicieux… Merci Cratyle.
    Permets moi d’y être d’autant plus sensible que je poste depuis une ferme en Gascogne…
    Pas une rocade, pas une piste d’atterrissage ; même le village est à deux kilomètres en descendant la côte de bistanflûte. Authentique patronyme de la sente qui tournicote jusqu’à la maison.

    Face aux fenêtres, quatre cent kilomètres de chaîne Pyrénéennes. Des biches viennent brouter sous des cèdres géants une herbe préservée du soleil, à seulement dix pas de la maison.

    Les rouge gorges dans le rosier à fleurs blanches qui buissonne jusque au premier étage. Le vent qui disperse ses bruits à lui aussi. Mais de pétales et de feuilles.

    On n’entend guère une départementale. Loin. Sauf les rares fois où les vols d’onde nous ramènent des pollens du Sahara qui font roses les dents pointues des montagnes. Auquel cas, oui, je l’avoue, on perçoit la petite route partie rejoindre Lannemezan au fond de sa vallée couleuvrine…

    Parviennent alors, jusqu’à ma maison, des grelots de vélos, le tassement béat de la terre sous les pas de bœufs bienfaisants, le croque pierre de roues cerclées de fer dans la poussière… Lorsque les paysans se rendent au marché…

  7. Antoine Says:

    La comparaison est rafraichissante!

    Une cause fondamentale de la crise actuelle du credit est la part devenue preponderante des produits dits OTC, negocies de gre a gre entre un vendeur et un acheteur dans le cadre de transactions privees.

    Les acteurs des marches (intervenant et regulateurs) en portent collectivement la responsabilite.

    C’est pourtant assez evident: les marches, etalages dans petits villages ou places financieres, fonctionnent mieux lorsque les prix sont affiches, publics. Heureux de detailler pourquoi, comment, jusqu’ou si besoin…

  8. Toréador Says:

    A ceci près que les fromages ne valent pas des millions d’euros !

  9. edgar Says:

    Vous ne croyez pas si bien dire : les premiers traders du MATIF ont été recrutés… à Rungis. A l’époque où les transactions n’étaient pas électroniques, elle s’effectuaient à la criée – où effectivement ça gueule.


  10. […] peut lire aujourd’hui que le capitalisme actuel est mort. La crise provoquera les consciences. Les semaines noires se […]


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