Les trois ages médiatiques

27 novembre 2007

Je crois que si l’on classe les médias selon leur finalité, c’est-à-dire selon la finalité de cette discussion égale ou inégale qui constitue le nœud de leur activité, on n’en trouve au fond que trois formes, qui correspondent à trois ages médiatiques 

1- Les médias pour lesquels la discussion est subordonnée à un projet. Ce sont les médias les plus anciens: les institutions -école, église, armée, corps juridiques et politiques,…

2- Les médias pour lesquels la discussion est subordonnée à un petit groupe identifié. Ce sont les médias hiérarchiques qui ont émergé depuis l’imprimerie, c’est-à-dire depuis la première révolution médiatique -livre, journal, cinéma, radio, télévision,…

3- Les médias pour lesquelles la discussion n’est subordonnée qu’à elle-même, c’est-à-dire aux seules conditions de son existence dans une communauté. Ce sont les médias collaboratifs qui émergent avec internet et avec la deuxième génération du web.

Les premiers ont toujours existé, les suivants furent à la fois causes et conséquence d’un tournant radical, et les derniers, dont on ne saurait encore mesurer la portée, sont en train sous nos yeux de se révéler.

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7 Réponses to “Les trois ages médiatiques”

  1. lisia Says:

    pourrais tu clarifier l’idee de « discussion finalisee a’ elle meme… »?

  2. tonton Says:

    – les moines copistes et les prêtres (peu de personnes pour peu de personnes, que ce soit le support écrit ou audio-visuel, média indissociable du porteur)
    – l’imprimerie et l’analogique (peu de personnes emettrices pour beaucoup de récepteurs grâce à l’industrialisation de la reproduction, même si la TSF et le vinyle ont mis plus de temps à arriver que les écrits, et média cloisonnés)
    – le numérique (beaucoup de personnes pour beaucoup de personnes, grâce à l’industrialisaton de la production, avec multimédia)

    ?

  3. tonton Says:

    Le billet est parti tout seul,…
    si l’on suit le déroulé du commentaire ci-dessus (très inspiré de Stiegler) on a potentiellement une analogie entre ères médiatiques et révolutions technologiques.
    Merci à Cratyle de revenir sur le sujet! pour le moment, on a me semble-t-il seulement généralisé et étendu à tout le monde les descentes d’information en les rendant multiformes et multicanaux, mais chacun se comporte un peu en demi journaliste (d’où d’ailleurs l’intérêt du post précédent sur les professionnels…): reste à exploiter pleinement les ressources du numérique en transformant les flux pour qu’ils soient moins à sens unique.
    Les blogs en ligne dans les journaux, par exemple, sont symptomatiques du fait qu’on élagit la profession ou l’accès média à plus de personnes mais qu’on n’a pas encore transformé le rapport à la production de l’info… Next Step?

  4. Cratyle Says:

    @Lisia: « la discussion n’est subordonée qu’à elle même » lorsque ce sont les participants qui en fixent à la fois les objectifs et… la liste des participants. C’est le propre des médias sociaux et des nouveaux médias dans leur ensemble.

    @Tonton: les réseaux de moines copistes me semblent déjà des préfigurations du deuxième age médiatique, le premier age étant celui de la discussion au sein d’un organisation: dans le cas de l’église, simplement les liens hiérarchiques au sein du clergé et les différents types de réunions et de célébrations.

    La première génération d’internet et le numérique « classique » appartiennent au 2eme age, car dans chacun de ces exemples, c’est un petit groupe qui sélectionne et diffuse de l’information à un groupe plus vaste.

    Le troisième age n’est véritablement atteint que lorsque s’affaisse la frontière entre producteurs et consommateurs: je suis donc bien d’accord avec toi sur les blogs de journaux. Cf. aussi http://cratyle.net/2007/10/30/le-mythe-du-contenu-genere-par-les-professionnels/

  5. tonton Says:

    Cher Cratyle,

    après précision, j’ai du mal à saisir le point défendu dans ton ‘premier âge’ : si le premier âge est selon toi les discussion internes aux organisations (tu parles de projet dans ton texte et d’organisation dans ta réponse… je m’yperds un peu) tu fais presque plus référence à une sorte d’âge pré-médiatique qu’à un premier âge médiatique.
    Mais cet âge ‘pré-médiatique’ est-il vraiment un ‘âge’ ou bien un stade que l’on retrouve à tous les âges, le stade auquel s’organise les règles de discussion… Ce stade n’intervient pas du tout au même moment selon les âges. Je l’imagine très en amont et quasi intemporel dans le premier âge (tel que je l’avais initialement compris – voir mon commentaire), où le média est très figé et a vocation à reproduire autant quà porter une parole (quoique, il y a des travaux d’exégèse très intéressants sur l’appropriation des textes par les moines et en amont l’appropriation et la transformation de la Parole par les Apôtres). Dans le second âge (toujours tel que je l’avais compris), le lien projet-média me semble plus évolutif et conjoncturel, quoique toujours relativement en amont de la structuration de l’usage du média par les porteurs du projet. Dans le troisième âge il peut devenir tout à fait contemporain, les porteurs du projet le redefinissant à mesure qu’ils contribuent à élaborer un message en mobilisant le média.
    Bref, j’ai un peu du mal à voir comment tu construits ta typologie car j’ai l’impression que certains éléments sont assez orthogonaux les uns aux autres…

  6. Cratyle Says:

    Tu m’obliges presque à me lancer dans la définition d’un média… Gros sujet… Sujet que j’aurais volontiers laissé pour un peu plus tard… Bon je vais essayer de crayonner un petit brouillon très partiel, mais peut-être suffisant pour avancer.

    Le média est le vecteur d’une discussion, c’est à dire le support d’un échange ou d’une diffusion d’information. Il repose toujours sur des éléments matériels car la discussion suppose une disposition physique des interlocuteurs et une matérialisation des messages (le papier du texte, le son de la voix,…) mais il ne se réduit pas à ses éléments matériels, c’est-à-dire qu’il ne se réduit pas à sa technologie.

    Un média est donc un ensemble de règles partagées, à la fois technologiques et sociales, qui assurent l’existence d’une discussion.

    A ce titre, une institution (une organisation) est en soi un média, car elle établit les règles d’échange d’information, les droits des interlocuteurs… etc. Par exemple, un syndicat est un média : c’est une organisation qui assure la remontée des revendications, leur synthèse, la diffusion des mots d’ordres et des positions.

    Bien sur rien n’empêche un média de s’appuyer sur d’autres médias, ainsi un syndicat utilisera-t-il la poste, le téléphone ou l’internet. Les médias de tous ages se supperposent et s’entrecroisent sans nécessairement se substituer.

    Une fois que l’on a posé cette définition, une typologie de médias fondée sur un type de technique ou d’usage apparait comme insuffisante, car elle fait fi de l’imbrication du technologique et du social au sein d’un média.

    Je propose donc une typologie fondée sur la finalité du média. C’est dire non pas l’objectif des utilisateurs du média, ni non plus sur les objectifs affichés d’une technologie, mais sur la finalité des règles du média –pour parler une seconde à la Mc Luhan, il s’agit d’une typologie par type de « message »-.

    Le premier âge est donc bien celui ou les médias sont essentiellement des organisations -ce que tu nommes je crois le pré-médiatique en utilisant d’autres définitions- car c’est celui où la finalité du média est soumise à la finalité de l’organisation qui le structure. Cela n’exclu pas la présence de technologies. Par exemple, l’église s’appuie sur des technologies architecturales pour structurer la parole du prêtre et l’écoute des fidèles. Ce sont néanmoins des technologies subordonnées à l’objectif commun de l’organisation en question, ce que j’appellais plus haut le projet.

    Le deuxième âge est celui où le média se libère des finalités externes –l’édition est du deuxième âge, elle permet à la communauté des écrivains de faire de l’art pour l’art, elle invente simultanément ces communauté nouvelle des « littérateurs » ou des « journalistes » professionnels-. La division entre producteurs et récepteurs reste la principale contrainte portant sur la discussion.

    Le troisième âge est celui où le média se libère de la division entre ceux qui produisent le message et ceux qui le reçoivent. La discussion n’y est plus limitée que par elle-même.

  7. tonton Says:

    Merci pour les clarifications ! Avec la définition du média (qui mériterait un post en tant que tel…), je comprends mieux la logique des trois âges que tu défendais dans ton analyse.
    Pour la discussion détaillée, j’attends le billet en question et réfléchis à tout ça sur la base de cette première réponse.


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